Cool Mag Paris

Brûler sa vie par les deux bouts : Jacques De Bascher au théâtre de la Contrescarpe

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En ce moment, au Théâtre de la Contrescarpe, un seul en scène efficace retrace la vie de Jacques de Bascher. Une occasion de (re)découvrir l’homme qui a fait briller les nuits parisiennes avant de mourir du sida, à 38 ans.

Une cape jaune, un costume 3 pièces, une longue chemise en soie… Qui était Jacques de Bascher, ce dandy capable de tout oser, pas seulement d’un point de vue vestimentaire ?

Pour le (re)découvrir, ce seul-en-scène d’une heure trente au Théâtre de la Contrescarpe nous plonge dans l’intimité de celui qui a partagé la vie de Karl Lagerfeld pendant 18 ans et les nuits —entre autres— d’Yves-Saint-Laurent, quitte à lui faire perdre la tête.

Ce sont aussi les décennies 1970 et 1980 que le spectateur est convié à (re)vivre à ses côtés. Ces fameuses, où la fête était décadente, où l’on se pavanait dans son luxe et où les corps et les flux se mixaient en toute insouciance dans les boîtes. Ces années-là étaient indéniablement aussi celles de l’insolence.

Dans une des nombreuses punchlines de la pièce, Gabriel Marc, l’acteur qui campe le rôle de Jacques de Bascher au Théâtre de la Contrescarpe, à la perfection, déclare, en parlant de son manteau : « Je me demande combien d’animaux sont morts pour que j’ai chaud ». Sans vouloir jouer les boomeuses nostalgiques —pardon pour le pléonasme — les années 1970, c’était aussi ça : une parfaite liberté de scandaliser. Ainsi est-ce une seconde raison d’aller voir la pièce : plus que la vie d’un homme (aussi romanesque soit-elle), elle donne à voir une époque révolue, charmante de tumultes et d’outrances.

Et puis, la décennie 1980 marque aussi les années sida. Jacques de Bascher en fut l’une des malheureuses victimes. Ce seul-en-scène est une occasion de rendre hommage à tous ceux qui en sont morts. Il est une ode, aussi, surtout, aux vies passionnément vécues.

Camille Bonvalet, Cool Mag Paris, 9 novembre 2022

La Compagnie du Canal