Le Podcast Journal

Jacques de Bascher - Après deux biographies, deux apparitions au cinéma, enfin son biopic au théâtre

Gabriel Marc dans le rôle de Jacques de Bascher, entraine chaque soir les spectateurs à suivre l’existence extravagante du grand amour de Karl Lagerfeld. Pour la première fois, sa vie trépidante et ses secrets inavouables sont révélés avec panache sur une scène parisienne.

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Non loin des Deux Magots où il s’attablait chaque jour, Jacques de Bascher surgit de l’oubli au Théâtre de la Contrescarpe dans une pièce éponyme. Ce dandy sulfureux défraya la chronique mondaine des années 70 à 80. Controversé de son vivant et de nos jours, de Bascher s’est démarqué de ses contemporains en affichant ostensiblement son gout immodéré pour les excès : sexe, SM, drogue, alcool, fêtes déjantées …

Audacieux, Gabriel Marc en "Jacques de Bascher" démythifie l’homme mi-ange mi-démon injustement banni et incompris du microcosme de la mode et de la jet set. Dans un décor intimiste et disco, la metteure en scène Guila Braoudé réincarne avec génie dans un seul en scène, les célébrités qu’il aima ou détesta, Yves Saint Laurent, Pierre Bergé, Diane de Beauvau-Craon, Loulou de la Falaise, Ines de La Fressange …

Gabriel Marc, convaincant en Jacques de Bascher

Moustache proustienne, allure et élégance aristocratique, l’illusion est parfaite. Gabriel Marc, mod’n roll en Jacques de Bascher, détaille crûment ses nuits délurées, ses aventures amoureuses. Les anecdotes, les désillusions écrites avec justesse par l’auteur sont imprégnées de l’esprit irrévérencieux du bad boy. Son récit se poursuit au Palace, dans sa salle de bain, à New York , chez Yves Saint-Laurent. Et s'abandonne à la passion ou se pervertit à l’extrême pour colmater ses blessures.

Torturé par l'amour sincère mais jamais abouti de son compagnon Karl Lagerfeld, le "grand amour de sa vie" rompt sa solitude charnelle en multipliant les conquêtes. Avant sa mort en 2019, le couturier confiera à Marie Ottavi auteure de "Jacques de Bascher : Dandy de l’ombre", l'avoir infiniment aimé mais n'avoir eu, en 18 ans de relation "aucun contact physique avec lui".

The show must go on !

22h30… Le rideau tombe … Ovations, rappels sur scène et applaudissements interminables. Le comédien est bouleversé, ses yeux scintillent d’émotion. Sur le trottoir du théâtre, de chaleureuses amitiés entre voisin de rang se forment. Après avoir acheté la biographie de Jacques de Bascher, Virginie raconte avoir remarqué une affiche de la pièce. "Je crois aux coïncidences et je me suis décidée à y aller". Un choix dont elle se félicite ce soir "Gabriel Marc réussit à transmettre à la perfection la dualité de cet homme, le bon et mauvais garçon. Une grande prouesse artistique !".

L’éloge est aussitôt légitimé par Stéphane "l’acteur est très émouvant dans son rôle. Il l’incarne vraiment. Il le vit et nous fait vivre par la même occasion". "On faisait tomber les barrières sociales, sexuelles, raciales. Qui aurait pu croire à qu’un nouveau monde allait surgir. Le constat 40 ans plus tard est un peu triste" se souvent avec nostalgie son compagnon.

"Un délice à ne pas rater"

En autopsiant la vie brève et intense de Jacques de Bascher fauché par le sida, Gabriel Marc nous contraint à reconsidérer notre existence normée pour l’exalter ici et maintenant , quoi qu’il en coute. Les performances du comédien et de Guila Braoudé seront-elles récompensées ? Sans l’ombre d‘un doute pour Jean-Claude Warnant spectateur et membre de l’Académie des Molières "(…) Remarquable reconstitution. Belle mise en scène de ces décennies par Guila Braoudé. Une proximité du texte, du jeu dans cette petite salle écrin du petit Théâtre de la Contrescarpe. Un délice à ne pas rater et moliérisable (...)" peut-on parcourir sur sa page Facebook. Verdict en mai, au cours de la 34ème cérémonie des Molières.

Nathalie Khâ, Le Podcast Journal, 12 janvier 2023

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